Autisme 2002
Mercure, métaux lourds... toxicités

Walter O. Spitzer, M.D., M.P.H., F.R.C.P.C.

Le Dr. Spitzer est Professeur émérite d'épidémiologie à l'Université McGill à Montréal. Il est membre de l'Institute of Medicine de la National Academy of Sciences des États-Unis et chercheur principal de la Foundation for Biomedical Sciences Integrity (Canada, É.-U. et R.-U.)

Ce que l’on ignore sur la cause de l’autisme et pourquoi

J’aborderai les aspects cliniques et épidémiologiques des questions liées à l’évolution naturelle du syndrome autistique. Je donnerai également une explication concernant l’épidémie actuelle d’autisme. Je passerai en revue les données recueillies dans le cadre d’études épidémiologiques, ce qui vous permettra de constater que tous les facteurs qui pourraient être liés à l’autisme ne peuvent être ni exclus, ni acceptés d’emblée. Notamment, il n’y a pas eu de recherches épidémiologiques menées à l’aide de groupes témoins. Aucune étude d’innocuité précise n’a en outre été effectuée. Je démontrerai aussi que plusieurs études dans lesquelles on prétend dégager de tout blâme le vaccin RRO (rougeole, rubéole, oreillons), qui pourrait être l’une des principales causes de l’autisme, ont été menées selon une méthodologie inadéquate et qu’elles sont peu pertinentes. C’est ainsi que je vous ferai part des facteurs suivants : échantillons trop peu importants, suivis non appropriés et corrélations utilisées de façon erronée afin de vérifier les hypothèses émises.

On sait que l’efficacité (par opposition à l’innocuité) du vaccin RRO a été démontrée de façon adéquate. Par contre, les recherches effectuées jusqu’à ce jour en clinique et en laboratoire ne sont pas encore terminées, mais de plus en plus, on constate qu’il existe un lien entre le vaccin RRO et, à tout le moins, certaines formes d’autisme.

Je tenterai de formuler une stratégie de recherche qui soit admissible sur le plan scientifique et qui permettrait de clarifier ce que nous ignorons toujours en ce qui concerne la prévention, le traitement, et la palliation (plus particulièrement la prévention). Le principal élément sera présenté par L.A.J. Heinemann dans la seconde partie de cette conférence, soit une étude cas-témoins de base. Parmi les autres éléments abordés, on retrouvera les résultats d’études menées en clinique et en laboratoire et l’amélioration apportée à l’épidémiologie descriptive, principalement les études sur l’incidence de l’autisme menées dans plusieurs régions. Toutes les recherches qui seront entreprises dans les années à venir devraient inclure l’aspect génétique de la question. Il semble en effet que nous soyons confrontés à des causes et facteurs multiples et à divers troubles autistiques, alors nous devons être en mesure de comprendre toutes les interactions en jeu.

Les scientifiques, que l’on retrouve dans les cliniques, les laboratoires et la population, tout comme les parents, le personnel soignant et le gouvernement, doivent travailler de concert et se soutenir mutuellement. Il faut parvenir à résoudre les problèmes à l’aide de données, d’analyses et de jugements cliniques valables. Si nous voulons trouver les causes de l’autisme et les traitements appropriés, il faudra plus que des spéculations et de simples illusions.

 

Dr Lothar A.J. Heinemann, M.D., D.Sc.

Le Dr Heinemann est spécialisé en médecine interne, plus particulièrement en cardiologie. Il est titulaire d'une maîtrise en psychologie clinique et il a également soutenu deux thèses de doctorat en sciences, en 1967 et en 1977. En 1982, il a été nommé professeur de médecine préventive à l'Académie des sciences de Berlin (en Allemagne). Il a passé la plus grande partie de sa carrière à effectuer des recherches en épidémiologie clinique, principalement sur les maladies cardiovasculaires et le cancer, et au cours des dix dernières années, il s'est concentré sur la pharmacoépidémiologie. En ce moment, il est le directeur du Centre de recherche sur l'épidémiologie et la santé, à Berlin.

Première étude épidémiologique contrôlée sur l'autisme : une approche internationale

Lothar A.J. Heinemann, MD, D.Sc.

Des études descriptives menées dans divers endroits portent à croire que la fréquence des troubles autistiques a augmenté. La cause exacte n'a toutefois pu encore être établie, et il reste aussi à déterminer si cette prévalence accrue signifie que l'incidence de ce trouble dans la population connaît également une hausse. Voilà pourquoi, tout comme le Dr Spitzer le mentionnait d'ailleurs précédemment, il est nécessaire d'effectuer une étude épidémiologique bien conçue afin de déterminer les liens et causes.

On mènera cette étude dans huit ou neuf pays (de trois continents différents). Il a été convenu qu'une étude cas-témoins représentait la manière idéale d'évaluer certaines hypothèses sur des facteurs de risque mentionnés par le Dr Spitzer, particulièrement le mercure et le vaccin RRO, qui permettraient également de vérifier tous les autres facteurs pouvant être pertinents. De nombreux cas bien définis d'autisme permettront en outre d'étudier l'évolution naturelle de ce trouble et de certains sous-groupes dans divers endroits dans le monde et de donner lieu à de nouvelles hypothèses. Dans certains centres qui bénéficient des ressources appropriées, des études sur la génétique seront menées de concert avec les organismes qui seront intéressés à y participer.

Pour concevoir une étude épidémiologique complexe, il faut procéder à (a) une étude sur l'incidence des nouveaux cas d'autisme dans certaines populations à l'aide de méthodes normalisées qui permettent de recueillir les données venant confirmer l'analyse de la tendance temporelle, et (b) à une étude cas-témoins. La première de ces deux études devrait s'échelonner sur une période de 18 mois. Ce sera la première fois que des taux d'incidence fiables seront disponibles en vue de définir de façon claire les phénotypes des sous-groupes. Cette étude permettra également d'établir les méthodes qui seront par la suite utilisées pour l'étude cas-témoins et qui pourront s'appliquer aux différentes cultures et conditions retrouvées dans plusieurs pays.

On a déjà élaboré la plupart des méthodes qui seront mises en application dans le cadre de ces études et il ne reste plus qu'à les mettre en pratique. Règle générale, on est parvenu également à un accord en ce qui concerne l'infrastructure de l'étude. On a en outre déterminé quels seront les centres qui apporteront leur collaboration, et ceux-ci sont prêts à commencer dès que la question du financement aura été résolue.